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Derrière le côté sombre, quasi glauque, de
la plupart de ses peintures des années 1918 et 1919, Beer
lui-même révèle dans une lettre avoir été
affecté par la choc mental de la guerre, par la mémoire
des tranchées. Un effet à retardement puisqu’il
fut démobilisé en 1916 et que les couleurs vives
et légères sont encore primordiales pour lui en
1917. Plusieurs de ses amis moururent dans la guerre, comme l’artiste
suédois Ivan Lönnberg en 1918 (volontaire comme le
fut Beer). Ses deux frères Allan et Edward succombèrent
du côté britannique en 1917. Ce dernier («
Eddy ») était un aquarelliste doué et a probablement
été fusillé à l’issue d’une
mutinerie. Couleurs sombres ne veulent pas dire effacement. Dans
“In the paddock” (titre en anglais en hommage à
son père John Beer, peintre de chevaux à Londres),
le chef d’oeuvre cubiste de Dick Beer, les couleurs sont
puissantes, contrastées et agressives, même si l’arrière-plan
reste chromatiquement obscur. C’est cela la force de Dick
Beer :il est coloriste même en deuil ! |