| Autour
de Dick Beer
Le
premier tableau
La première huile de Dick Beer dont nous avons connaissance (enregistrée
sous le N° 351) a été réalisée en 1903,
à l’âge de 10 ans. Peint sur un panneau en bois au
format modeste (15 x 20 cm), il s’agit d’un tableau très
sombre dans le coloris, montrant un parc à Hampstead Heath. L’oeuvre
que nous reproduisons ici, avec un motif de sous-bois, a été
peint plus tard, en 1907, lorsque Dick, orphelin, quitta l’Angleterre
pour la Suède. Il avait alors 14 ans. C’est le travail
d’un jeune homme remarquablement mûr et très sûr
techniquement, ayant appris les rudiments du métier dans l’atelier
de son père John Beer.
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| Motif peint à 14 ans près de Londres |
Chevaux
et courses
John Beer (1853-1906), père de Dick, travaillait presque exclusivement
en tant qu’aquarelliste, avec des motifs de chevaux et des champs
de courses. L’œuvre élégante montrée
ici s’intitule « Hyde Park » et a été
réalisée par John Beer en 1905. Dick a gardé ce
même intérêt pour les chevaux, qui reviennent régulièrement
dans ses compositions. L’un de ses meilleurs amis à Paris
est le peintre sicilien Gabriele Pietro Varese, lui-même grand
spécialiste des motifs de cheveux. Ensemble, ils vont à
Chantilly ou à d’autres hauts points du sport équestre
parisien. Comparez les styles du père et du fils (Dick reproduit
ici avec une
« Course de chevaux »).
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John Beer, Hyde Park, 1905 |
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Dick Beer, Horse race, 1925 |
Où
a-t-il peint ?
Dick Beer était un grand voyageur. Il avait tout simplement la
bougeotte. C’est à Paris et à Stockholm qu’il
avait ses ateliers et où il a passé le plus clair de son
temps d’adulte. Mais l’artiste aimait travailler à
l’air libre. Autour de Londres, encore comme enfant. En Espagne:
1914 (différentes parties) et 1933 (Iles Baléares) ; Tunisie
et Maroc: 1914 ; Italie : Sicile, Florence, Venise, Milan, Rome (1914,
1920, 1921) ; Norvège (Lofoten, 1929).
En France: Saint Cloud (1912), Pont Aven, Concarneau (1913), Albi (1915,
1920), Rochefort (1915-1916), St Arnoult, Robinson, Fontenay aux Roses
(1917), Morgat (Bretagne 1919), Moret sur Loing (1920), Pau et Perpignan
(1920), Menton (1921), Saint Valéry en Caux (1923), Dieppe (1925),
Corse (1914, 1919, 1923, 1929, 1937), Quiberon, Auroy (1924), Marseille
(1925), Champigny et Chantilly (1926), Cagnes sur Mer, St Tropez, Toulon,
Gasny, Avignon, Vaucluse, Champigny, Grez sur Loing (1928), Port Vendres,
Martigues, St Chamas, Mariac, Moret, Fontainbleau, Saint Jean de Luz
(1929), St Tropez, Plouescat et Finistère (1930), Collioure (1929,
1930, 1932), St Pair (Normandie, 1935), Arles (1938).
En Suède : Ulriksdal (1910), Visby (1929), Brevik (1933),Trosa
(1934), Lurudden (1925, 1932, 1934), Ile de Ven (1935), Strängnäs
(1936, 1937).
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Bohuslän, Suède,
1933 |
Dick
Beer et Christer Strömholm
L’un des plus grands photographes mondiaux, le Suédois
Christer Strömholm (1918-2002), considérait Dick Beer son
maître dans les arts plastiques. Les deux se sont rencontrés
à Paris en février 1938. Strömholm a ensuite voyagé
à Arles pour rester quelque temps avec son mentor, peu avant
la mort de ce dernier. Après cette rencontre fondamentale pour
lui, Christer Strömholm a décidé de retourner à
Stockholm et entamer des études de peinture avec les artistes
déjà connus Otte Sköld et Isaac Grünewald. Avec
son appareil photo il a plus part réalisé les portraits
de célébrités telles que Man Ray et Le Corbusier
à Paris. Lui-même a été consacré comme
photographe avec ses images sur les transsexuels autour de la place
Blanche dans les années cinquante. Par la suite, Strömholm
a contribué à former plusieurs milliers de photographes
en tant que professeur réputé à Stockholm.
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Christer Strömholm comme
peintre,1938 |
Dick Beer fit le portrait de Christer Strömholm en
train de peindre en 1938 (reproduit ici).
Celui se rappelle:
“Arles était une ville glaciale. Le Mistral passa
dans les rues. Malgré un ciel bleu et sans nuages, les habitants
ont préféré s’entasser à l’intérieur
des cafés, devant de larges poêles, et bavarder. C’est
ainsi, dans le restaurant et bar d’un hôtel que j’ai
revu Dick Beer. Il était assis juste à côté
de la poêle brûlante avec quelques travailleurs franco-italiens,
en train de discuter politique. Des tasses fumantes de café avec
rhum étaient placées sur la table où se trouvait
également un chat dormant, fuyant le froid. Nous sommes allés
à la chambre de Dick. Il y avait une entrée directement
de la rue, et très peu de meubles. Ses ustensiles de peinture
étaient près de la fenêtre de laquelle il y avait
une vue sur une place avec du sable et des saules ravagées par
le vent. Plus loin il y avait les berges qui devaient contenir les inondations
du Rhône. (..) Je suis resté deux semaines et j’ai
appris à bien connaître Dick, le peintre. Le Mistral ne
s’est pas déplacé et Dick travaillait. Il y avait
des esquisses avec des chevaux, un soldat arabe posait quotidiennement.
Il y avait plusieurs toiles en route. Le jour où je suis parti,
Dick avait attrapé un rhume. Madame, la patronne de l’hôtel
qui préparait des plats succulents, est venue elle-même
s’assurer que la poêle de la chambre fonctionnait bien.
Trois mois plus tard, j’ai lu dans la presse que Dick était
mort. »
Beer le
cubiste ou Nevinson le futuriste ?
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| Soldats à la gare
, 1915. |
En 1979, le musée d’art de Norrköping a réalisé
une exposition où Dick Beer était notamment représenté
avec une huile sur toile de dimensions moyennes, montrant une colonne
de soldats français avançant, avec leurs pantalons rouges
et tuniques bleues. La toile est peinte dans un style dramatique pouvant
être assimilé aussi bien avec le cubisme cézannien,
l’expressionnisme ou le futurisme. Plus récemment, des
observateurs ont émis l’opinion que cette oeuvre attribuée
à Beer, et qui n’est ni signée ni datée,
pourrait être en réalité un travail du peintre britannique
Christopher Nevinson (1889-1946), à cause de sa ressemblance
troublante avec une peinture aujourd’hui très connue de
Nevinson, intitulée « Returning to the trenches ».
Ce dernier tableau (51 x 76 cm) a été peinte
entre 1914 et 1915, et appartient au National Gallery of Canada, à
Ottawa.
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| Le tableau de Norrköping supposé être un Nevinson |
La première remarque, c’est que si le tableau
exposé à Norrköping avait été exécuté
par Dick Beer, cela ne pouvait pas être avant les tout derniers
mois de 1917, ou plus sûrement en 1918 ou en 1919, car avant ces
dates, le peintre suédois était exclusivement post-impressionniste.
Même après, il n’a jamais traité la guerre
directement dans ses choix de motifs (en 1915, Beer a peint des soldats
français débarquant dans une gare, mais aucune scène
du front). En 1917, l’armée française avait d’ailleurs
abandonnée l’uniforme bleu et rouge.
Mais il existe d’autres indices. L’origine
du tableau de Norrköping n’a jamais été clairement
établie. Avant d’y apparaître, il avait été
acquis par deux collectionneurs d’une succession où le
décédé, un avocat suédois, avait été
en relations étroites avec la famille Beer. A cause du thème
militaire (Beer s’était enrôlé dans la Légion
étrangère) et du style (des tons sombres mais éclatants,
traits angulaires, sentiment de précipitation/mouvement), la
famille Beer a naturellement pensé qu’il s’agissait
d’une œuvre un peu atypique de la période cubiste
du peintre.
L’hypothèse qui se dégage actuellement,
c’est que le futuriste Nevinson a fait cadeau du tableau à
Beer en France (ou ce dernier l’a acheté). En effet, il
est plausible que les deux artistes se connaissaient et s’appréciaient.
Le Britannique a résidé une première fois à
Paris en tant qu’étudiant entre 1912 et 1913, à
une époque où Dick s’y était également
installé. Durant la Première Guerre, Nevinson a d’abord
servi comme chauffeur d’ambulance avec la Croix Rouge, puis a
été transféré au Royal Army Medical Corps
en tant qu’infirmier, enfin il a été nommé
« Official War Artist » en 1917.
De son côté, Beer a été
avec la Légion étrangère dès août
1914 comme soldat première classe, a servi ensuite comme ambulancier
avant d’être grièvement blessé en septembre
1915, puis définitivement démobilisé fin 1916.
Nevinson a partagé un atelier avec Modigliani, qui était
également une connaissance du Suédois. Le grand ami de
Dick Beer était le peintre sicilien Gabriele Pietro Varese, qui
sans être futuriste lui-même (il peignait les courses de
chevaux, aimait donc la vitesse mais était plus épris
d’animaux que de moteurs !) connaissait tous les futuristes italiens
à Paris (où il présidait l’Association des
artistes italiens en France). La première langue de Dick Beer
(né et élevé à Londres), c’était
l’anglais. Entre Beer et Nevinson, l’un est devenu cubiste,
l’autre futuriste… Les points communs entre Nevinson et
Beer sont donc nombreux. Nous savons par ailleurs que Nevinson exécutait
en général plusieurs versions de ces œuvres, souvent
dans des techniques différentes. Ainsi, « Returning to
the trenches ». existe en tant que qu’esquisse à
fusain, en craie et comme aquarelle. Ce qu’il faut souligner aussi,
c’est que le tableau de Norrköping n’est pas une réplique
de l’œuvre de Nevinson, mais il est vraiment très
proche.
Expositions
Expositions rétrospectives et individuelles après
la mort de l’artiste : L’Académie des Beaux-Arts,
Stockholm, 1973. Expositions commémoratives à Malmö
Museum , 1950, Göteborgs Konsthall, 1944 et chez la Galerie Franco-Suédoise,
Stockholm, 1942.
Entre 1913 et 1937, Dick Beer a exposé
chez Liljewalchs, Valand, Gummessons, au Salon de l’Automne, au
Salon des Indépendants, Rotonde, Galerie Carmine, et chez bien
d’autres.
Dick
Beer et la collection Falk Simon
En mars 1955, le musée d’art de Göteborg
a exposé la grande et remarquable collection de M. Falk Simon,
l’un des rares mécènes des arts en Suède.
A cette exposition ont été montrées des œuvres
d’artistes internationaux comme Yves Brayer, Marc Chagall, Albert
Marquet, Matisse, Picasso et Pisarro. Bien entendu, une trentaine d’artistes
suédois y ont été représentés. Dick
Beer y était présent avec quatre œuvres.
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Bibliographie
“Quelques mots concernant un début
artistique” (en suédois), par Axel Gauffin dans la revue
Konst, N°1, pp 5-6, Octobre 1913.
Nombreux articles dans la presse suédoise, française et
européenne entre 1913 et 1938.
“Dick Beer ” par Dr Ragnar Hoppe, 1942 (monographie en suédois).
“Avec Dick Beer et ses amis à Paris” (en suédois),
par Kåge Liefwendal dans la revue Vår Konst, N° 5 Année
III, pp 4-8, Novembre 1947.
Svenskt Konstnärslexikon (suédois), Tome I, pp 122-123,
Alhems 1952.
Rolf Söderberg: 20th Century Art in Sweden, 1961.
“Dick Beer” (suédois) par le Prof. Sten Karling,
in catalogue 1973.
Nordstedt Multimedia: Modernism, 1999 (une collaboration CD-Rom en suédois
entre plusieurs musées, disque illustré avec quatre oeuvres
cubistes de Dick Beer (provenant de collections de musées), et
qui sont commentées par un artiste contemporain.
Sur Modigliani et les peintres de Montparnasse (Internet):
http:/perso.club-internet.fr/delpiano/Modigliani.htm
Sur Foujita, Manuel Ortiz de Zarate, et l’âge
d’or de Montparnase (en anglais et Internet), et aussi sur les
expositions du Musée de Montparnasse (21, av. du Maine, 75015
Paris): www.metropoleparis.com/1999/403/403foujt.html
Voir aussi deux monographies publiées en espagnol
par la revue Arquitectura Viva (Barcelone) sur la peinture nordique
(Scandinavie et Finlande), dans deux numéros: N° 55, 1995
et N° 66, 1997. Site web : www.arquitecturaviva.com
Dick Beer est référencé dans « AKOUN 2002,
La Cote des Peintres”, “L’Annuel des Arts” et
le Benezit World Art Reference (Grund Edition, 1999). Record de vente
publique pour Dick Beer : Vue de Tunis 1914, oil/canvas (neo-impressionist
period), 73 x 91 cm, London, Christie’s, April 1990, 22,000 GBP
(ca 29,500 euros aujourd’hui). Prix de vente moyen entre 1987
et 2002 : 2,600 euros (www.artprice.com) .
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