| Cosmopolitisme
Le cosmopolitisme, Dick Beer le portait dans
les gènes. Les Beer étaient suédois, mais seulement depuis
1822, quand l’Allemand Johann Adolph Ferdinand Beer
est engagé comme premier violoniste à l’Orchestre de la cour royale
de Stockholm (qu’il finit par diriger). Celui-ci s’était
converti au protestantisme pour mieux être accepté dans des milieux
bourgeois ou aristocratiques foncièrement antisémites, et aussi en mariant
la fille d´un musicien allemand reconnu et non-juif. Vraisemblablement,
Adolph, bien qu´originaire d´Hambourg, était issu
de l’influente famille Beer de Berlin, qui comptait depuis trois
siècles des générations de musiciens ou autres artistes et aussi des
banquiers. Amalie Beer (1767-1854) tenait un salon couru à Berlin,
elle fut aussi la mère de l’écrivain Michael Beer et
du compositeur Giacomo Meyerbeer. En tout cas, la branche suédoise semble s´appuyer sur de telles
traditions familiales : l’aîné Georg Adolph devient
un homme d’affaires en vue dans la capitale et fréquente la cour
du roi Charles XV. Sa soeur Charlotte Mathilde s´allie à
la grande noblesse européenne en épousant en premières
noces Enrique von Scholtz Hermensdorff, marquis de Belvis et héritier
de la plus importante firme de négoce de vins de Malaga. Charlotte
Mathilde se maria plus tard avec le duc de Parcent, le chef de file
de l´une des plus anciennes familles d´Andalousie. De ses
deux filles, l´une devait prendre pour époux le diplomate
Manuel d´Iribarne et résider à Paris. A son tour,
la fille de Mme d´Iribarne épousa le prince Max von Hohenlohe.
Le peintre John Beer, père de Dick, appartient à la
troisième génération et fait une carrière artistique aux Etats-Unis,
à Saint-Pétersbourg et à Londres. Spécialiste des champs de courses,
aquarelliste raffiné, mondain, John Beer s’imposa comme l’un
des plus célèbres illustrateurs de l’âge victorien. Comptant avec
les faveurs du Prince de Galles, le père de Dick Beer recevait souvent
et brillamment. Oscar Wilde, James McNeill Whistler
et Caruso faisaient partie des habitués. Ses dessins et aquarelles
devenaient des cartes postales et ils étaient publiés dans les grands
magazines de l’époque, comme The Illustrated London News, The
Graphic et Black and White.
(Suite)
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