| Le
cubisme consacré
Etrange paradoxe, la courte période cubiste
(1918-1920) qui fut la plus critiquée chez Dick Beer est finalement
celle qui est restée consacrée. Le fait est que pas plus
qu’une poignée de peintres suédois se sont attachés
au cubisme cézannien, et Dick Beer compte parmi ceux qui l´ont
le mieux exploré. En 1973, Sten Karling, professeur occupant
la chaire d’histoire de l’art à l’Université
de Stockholm, écrit un article qui réhabilite Dick Beer
:
« Sa peinture
[de cette époque] ne peut pas être considérée
comme des expérimentations artistiques et intellectuelles, elle
va à notre rencontre comme des manifestations émotionnelles
exprimant des événements vécus poignants. Davantage
que les éléments cubistes, c’est la force d’expression,
le trait expressionniste qui nous touche. Cette quête d’une
expression renforcée, cette volonté de reproduire une
expérience intensifiée, voilà ce qui nous touche
dans ses toiles des dernières années de la Grande guerre.
Ces compositions complexes avec des motifs de champs de course à
cheval, de cafés ou d’arènes de cirque traduisent
un sentiment direct de lieu, de mouvement et de rythme, et cela n’a
rien à voir avec une quelconque stylisation schématique.
Les éléments cubistes nous font plutôt penser à
une discipline textile et impose l’espace d’une façon
qui est rare dans la peinture d’époque, si souvent emprisonnée
dans le respect des surfaces. C’est pourquoi les tableaux de Dick
Beer de ces années-là méritent une place prépondérante
dans notre histoire de l’art moderne. »
(Suite)
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