| Il
manie aussi la plume
Cruel. Dick Beer, qui savait aussi manier la plume,
ne réussit pas à faire insérer un droit de réponse
dans le même quotidien, ni dans aucun grand journal. Finalement
c’est la revue Politiken (plus engagée) qui lui ouvre ses
colonnes. Et c’est avec beaucoup de verve et d’ironie que
l’artiste tente de faire descendre les critiques de leur Olympe,
à leur rendre raison. Dans un article très long, habilement
construit, sincère et sans vulgarité, Dick Beer avance
une explication : que les maintes attaques personnelles qu’il
a dû subir sont dues au fait que sa préface de catalogue
comportait des passages peu tendres envers la critique en général.
Car il est baroudeur, il faut l’avouer :
« Dans certains cas »,
avait-il souligné dans ce texte, « on a le sentiment que
le critique considère le peintre comme étant à
sa disposition et non l’inverse. Nombreux sont les jeunes modernistes
qui ont été rendus suspects ou mal interprétés
par une critique conformiste. Alors il ne reste plus que de prendre
contact directement avec le public à travers des discussions,
conférences, etc. Ce n’est pas parce qu’on ne comprend
pas tout de go une œuvre qu’elle est forcément un
bluff ». Dans son droit de réponse refusé, Dick
Beer rappelle face à Ragnar Hoppe, son adversaire d’alors,
que Ruskin, le roi des critiques britanniques, se permit de défaire
son contemporain James McNeill Whistler (qui fréquenta la maison
d’enfance de Dick Beer à Londres), dans un article où
le maître américain fut décrit comme «
un individu qui s’amuse à jeter un pot de peinture au visage
du public ». Qu’à cela ne tienne ! Il contre-attaque:
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Roth in armchair |
« Ce que vous appelez
le tableau du Cirque s’intitule en fait dans le catalogue «
Boîte à jouet ». Sa logique n’est qu’apparente.
Et pourquoi un tableau devrait-il forcément être logique
? Songeons à la grande fresque de Puvis de Chavannes dans l’Hôtel
de Ville de Lyon. Celui-ci s’est permis, dans sa composition,
de négliger aussi bien valeurs que conséquence. Quelques
unes des 8-9 figures y sont plus claires que l’air, cela a été
voulu, bien entendu. Ma « boîte à jouet » a
été peinte avec l’idée de capter un certain
mouvement. Que j’y ai représenté des personnages
de façon naturaliste, c’est à mon avis assez joli,
et cela ne perturbe pas l’ensemble, voilà tout. Même
Picasso se le permet. Votre critique est d’ailleurs semée
d’affirmations étranges. Comment savez-vous que l’artiste
suédois Karl Ede a été influencé par Archipenko
en débarquant à Paris en 1913 ? Je connais Ede depuis
longtemps et puis vous assurer que, dans cette année-là
au moins, il était parfaitement ignorant de l’existence
d’un tel. »
(Suite)
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