| Grièvement
blessé dans la Grande Guerre, il devient progressivement sourd
et misanthrope
L’année d’après – 1914
– Dick Beer fait un grand tour à la recherche de la lumière
vive du Sud. Il découvre Venise, Florence et la Sicile. Il part
en Afrique du Nord et s’attarde en Espagne. Il peint frénétiquement
et ses tableaux ne sont plus impressionnistes, on devrait davantage
les qualifier de néo-impressionnistes, dans la lignée
de Signac. Ce sont des tableaux très maîtrisés,
légers comme l’air, d’un attrait immédiat,
et pourtant la personnalité de l’artiste les domine. Mais
en août 1914, il se trouve à Paris. A l’instar d’une
centaine d’autres artistes étrangers résidant dans
la capitale française, il s’engage dans la Légion
étrangère, après avoir signé un manifeste
au Café Le Dôme, contre l’Allemagne impériale.
Bien que restant mobilisé jusqu’à la fin 1916, il
est grièvement blessé à la tête par l’explosion
d’une grenade en septembre 1915 à Souain. Convalescent
au Château de Rochefort et ailleurs, il reprit la peinture aussitôt,
et c’était sans doute la meilleure thérapie. Dans
une toile monumentale de 1915, la Cathédrale d’Albi,
maintenant post-impressionniste dans le traitement des perspectives
et de la pâte, le spectateur est surpris par le calme apparent
des lignes. C’est trop calme, d’une beauté froide,
les maisons sont là, fermement posées, solides mais hantées
par l’immense bâtisse religieuse en brique jaune, vue de
près et de loin à la fois, et il n’y a pas un chat
! L’humaniste Dick Beer qui était attiré par les
débats et les conversations brillantes dans les cafés
d’artistes (ceux de Montparnasse surtout : Dôme et Rotonde),
les bonnes tables et les rencontres fortuites, un conteur-né
qui pouvait tenir son audience en haleine toute une soirée, devient
à partir de cette convalescence difficile progressivement misanthrope,
en tout cas par périodes, jalonnées de crises nerveuses.
Il ne se rétablit jamais entièrement de ses blessures
dont l’un des stigmates fut une surdité croissante, tragique
pour quelqu’un qui voulut être de plein pied dans la vie
intellectuelle et en société. De surcroît Beer était
très musical, il chantait notamment des airs d’opéra
italien avec beaucoup d’aisance. L’artiste retourne plusieurs
fois à Albi, troublé par cette étrange cathédrale
Ste Cécile, austère et fortifiée au Moyen-Age.
Mais Dick Beer avait aussi des parents dans le Tarn. Son oncle paternel
Hugo, homme d´affaires à la retaite, y vivait avec son
épouse alsacienne. Cette attache familiale dans le midi de la
France, sa terre de prédilection alors, était sans doute
importante pour lui. Mais avec la reconnaissance croissante en Suède,
c’est là qu’il expose, notamment à la célèbre
galerie Valand à Göteborg en 1916.
(Suite)
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