Un espoir de la peinture classique

 

Il fréquente assidûment les académies Colarossi et La Grande Chaumière. Sa suite de tableaux (huile, crayon coloré, aquarelle) représentant Notre Dame, peints en 1912, est déjà, à l’âge de 19 ans, des œuvres d’un artiste accompli, comptant parmi ses meilleurs travaux. Rien de suédois dans ses toiles, c’est impressionniste dans la grande tradition française, c’est Monet dans des teintes plus retenues, on jure qu’on est devant des tableaux peints par l’un des grands, car non seulement cela démontre une grande sensibilité, la technique est parfaitement maîtrisée. En octobre 1913, il tient sa première exposition individuelle, à Stockholm, et c’est une réussite totale. Il est salué comme un espoir de la peinture suédoise dans sa veine classique. Axel Gauffin, alors le grand nom de la critique, prend Dick Beer sous ses ailes, rappelant à quel point la peinture suédoise a été peu et tardivement influencée par l’impressionnisme :

« C’est pourquoi la technique de Beer a quelque chose de novateur pour nous. Mais est-ce pour cette raison seulement que l’art montré à cette belle première exposition paraît si inattendu, et rayonne comme un mirage éclatant dans nos brumes automnales ou dans les nuages de poussière provenant des murs croulants de la vieille salle Svea ? (…) Malgré toute sa jeune naïveté, il connaît tant de choses, ce débutant qui arrive à résoudre, comme si c’était un jeu d’enfant, toutes les difficultés des perspectives dans l’air ou de l’appréhension de la lumière. »

Et dans un autre long article, que Gauffin commence par l’exclamation « Enfin un peintre ! » :

« L’art est pour lui une existence à part entière, teintée d’allégresse. Il fixe avec une main rapide et sensible ses sensations sur la toile, distille le poids de la réalité grâce à une technique impressionniste égalisatrice. Les grains de couleur claire tombent apparemment dans l’instant tout en s’ordonnant avec une sûreté étonnante, suivant des principes bien établis. (…) Dans ces toiles, il est évident que nous nous trouvons dans l’impressionnisme français, mais cela est traduit avec une franchise naïve, qui confère un caractère originel à ses visions de l’air aux teintes bleu acier ou violettes de Robinson et Fontenay aux Roses. (…) Il est difficile de prédire les destinées. Nombreux sont ceux qui sont appelés, les élus sont plus rares. Personne ne peut dire aujourd’hui ce qu’il adviendra de Dick Beer. Son art appartient au présent, et aujourd’hui c’est un créateur. Et si les signes ne sont pas trompeurs, il peut devenir un créateur plus important encore. »

(Suite)